« Vents froids », d’Olivier Magnier : entrez dans la transe…

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Article de Marie-Pierre Bardou

Je suis l’auteur de 17 romans (dont une saga historique de huit tomes) et deux guides pratiques relatifs à l'écriture, publiés depuis 2012 aux Éditions Hélène Jacob. Parallèlement, je suis rédactrice, correctrice et écrivain public depuis 2011, ainsi que formatrice et coach en écriture depuis 2021.

Catégorie "Chroniques"

21 Août 2016

J’ai la chance de découvrir tous les romans publiés aux Éditions Hélène Jacob en avant-première; privilège du comité de lecture ! 🙂 Et c’est peu dire que celui-ci a été un gros coup de cœur…

Il y des livres qu’on aime parce que l’histoire est passionnante, ou parce que les personnages sont attachants, ou intrigants, ou révoltants… ou encore parce qu’on en ressort plus instruit – enfin, avec la sensation d’être plus instruit, nuance ! ^-^

Et il y a des bouquins qu’on aime parce que… parce que.

Vents froids, d’Olivier Magnier, est l’un de ceux-là.

Il ne s’y passe pas des tonnes de trucs, il faut avouer. « Vents froids, Histoires de l’Altiplano bolivien » regroupe deux courts romans : « La ville des pentes », et le « Vents froids » éponyme. Dans le premier roman, un chauffeur de taxi se retrouve traqué par de dangereux malfrats après avoir récupéré une étrange valise. Dans le second, un paysan cherche à comprendre pourquoi son fils a été assassiné.

Est-ce que cela vous donne envie de lire ce roman ? Si ce n’est pas le cas, laissez-moi ajouter ceci : j’ai rarement lu un style pareil. Et j’en ai lu, et aimé, des styles ! Flamboyants ou d’une sobriété glacée, érudits ou d’une drôlerie irrésistible, lyriques, élégants, cruels… Mais Olivier Magnier a vraiment «quelque chose » d’unique dans sa plume.

Vents froids est un roman noir, contemplatif, et vraiment atypique ! Difficile de le ranger dans une catégorie distincte…
Un passage de « La ville des pentes » vous donnera peut-être une idée de ce que je veux dire. L’auteur décrit ainsi le personnage central de son histoire :
« Car René savait devenir lointain. Avec ses amis, il cultivait une distance qui l’amenait souvent à regarder par la fenêtre quand il buvait un coup avec eux. Alors son regard revenait à eux, distraitement, comme pour être poli, mais il les distinguait de loin, embrumé, et les regardait faire et dire sans participer ni juger.»

N’y a-t-il pas des échos de L’étranger, de Camus ? Là s’arrête la comparaison, d’ailleurs, tant le style de l’auteur est différent.

Ce n’est pas un roman que l’on referme, satisfait d’avoir trouvé le nom du coupable – car il y a des victimes, des meurtres, des chantages. Olivier n’apporte pas de réponse. Ses personnages semblent se heurter en permanence contre des portes scellées. Il ressemble à un peintre, qui brosse lentement son tableau devant un spectateur fasciné.

On ne le lit pas vraiment, d’ailleurs : il nous entraîne dans une danse hypnotique, à la frontière entre l’illusion et le poème. Tout se mêle : la violence, la peine, la revanche, la colère, l’injustice… mais avec une sorte de poésie douloureuse et sensuelle, comme en état de transe.
N’hésitez pas ! A votre tour, entrez dans la transe…

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