Écrivains et brocolis

Publié par le 28 Fév 2016 dans Articles divers | 2 commentaires

brocoli1C’est bien connu : un écrivain fait feu de tout bois.

Des visages qu’il croise au hasard de son quotidien, de ce qu’il vit lui-même ou des épreuves que ses proches traversent, des faits divers entendus à la radio… mais aussi des bribes de conversations qui, sorties de leur contexte, peuvent devenir ubuesques ou délicieuses; un regard étrange, une remarque, une odeur, un souvenir… Absolument tout est prétexte, matériel spontané de l’imagination fertile de ceux qui ne cessent de construire des trames, des histoires et des aventures…

Car le travail d’un auteur ne se limite pas à écrire, ni même à créer, relire, corriger, inventer. A chaque seconde de son existence « réelle », il regarde, écoute, ressent… et absorbe. Puis il retranscrit, à sa manière, et c’est là qu’il pourra faire entendre sa voix.

Hier, je suis allée acheter des légumes. Activité hautement artistique, non ? Eh bien si si, car au rayon brocolis j’ai soudainement découvert l’illumination.

J’étais donc plongée dans l’opération délicate du tri et du choix de ces fameux brocolis – tout le monde s’en fiche, mais j’adore les brocolis – lorsqu’une petite famille, juste à côté de moi, me tira de ma profonde réflexion: mari, femme et un fils presque adulte, le genre fin d’adolescence douloureuse. L’épouse et mère, petite taille, lèvres pincées, le chignon impeccable dont pas un cheveu n’oserait seulement se faire la belle – déclare soudainement à qui veut bien l’entendre:

– Oui, je l’ai aussi entendu. Il y a eu des études très sérieuses sur le sujet: cela peut être une véritable addiction.

– Au brocolis ?

Je lève le nez des miens – de brocolis – et croise le regard incrédule du monsieur, qui observe avec une stupéfaction résignée le dos de son fils: le grand nigaud a lâché sa bombe en affirmant que certaines personnes sont atteintes du gravissime trouble de l’addiction au brocolis et s’en est allé visiter le rayons pamplemousses, laissant sa mère le défendre avec toute la dignité requise.imagination

Sans doute les mêmes images nous ont-elles traversé l’esprit, au monsieur et à moi-même – de bien sombres images, jeunes gens en pleine crise de manque, réclamant leur dose au primeur du quartier, ruelles obscures et sales où de fantomatiques silhouettes dévorent le légume défendu avec une rage pleine de souffrance – car un irrésistible fou-rire nous a soudain secoués, une tempête irrépressible et terriblement bruyante qui a, je le crains, grandement vexé la dame au chignon.

Une fois le rire calmé et mes brocolis à moi, sans addiction toxique, rangés dans le frigo, je suis quand même allée vérifier cette étonnante assertion. Nulle part sur la Toile je n’ai trouvé un seul mot sur cette terrible affliction – les seuls « addicts » avoués étant simplement des fans de cuisine et de recettes en tout genre.

J’avoue que j’ai été un peu déçue. Mais peu importe, au fond: vous pouvez être sûrs que, dans l’un de mes prochains romans, vous croiserez la route d’un personnage – peu importe son sexe, son âge ou son histoire – qui devra lutter vaillamment, dans l’incompréhension générale, contre une affreuse et inavouable addiction à un légume vert et croquant, tellement délicieux en gratin, en tarte ou même simplement à la vapeur, vous savez ? Avec une pointe de crème fraîche ?

Et le règne du brocolis ne fera que commencer… 😉


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Commentaires

Commentaires

2 Commentaires

  1. Avatar

    Je dois avouer regretter souvent de ne pouvoir tirer mon carnet sous le nez des gens, pour leur dire… »Deux secondes, je note… » !

    • Marie-Pierre Bardou

      Voui Agnès, c’est exactement ça ! Ou un magnéto ! ^^

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