Interview de Lorenzo Cecchi, auteur de « Petite Fleur de Java ».

Publié par le 3 Jan 2014 dans Interviews | 2 commentaires

L.Cecchi-Petite-Fleur-de-Java-197x300Cette semaine, j’interviewe Lorenzo Cecchi, auteur d’un roman intitulé « Petite Fleur de Java » aux éditions Hélène Jacob. 🙂 J’ai en effet beaucoup aimé son œuvre, d’une grande qualité d’écriture, originale, intelligente. Lorenzo s’est gentiment prêté au jeu habituel des questions…

  • Racontez-nous votre histoire d’amour – ou d’autre chose ! – avec l’écriture…

J’ai toujours eu l’ambition d’écrire. Adolescent, j’écrivais des poèmes qui étaient publiés dans la revue du bahut. L’éditeur responsable de cette publication était, comme il se doit, le professeur de français, un grand bonhomme de près de deux mètres qui n’avait pas son pareil pour vous transmettre l’amour des belles lettres. Lui-même écrivait. Quelque quarante ans plus tard, chez un bouquiniste, je suis tombé sur un recueil de nouvelles écrites par ce même professeur. Après avoir longtemps hésité, j’ai repris contact avec lui. Nous nous sommes revus, avons beaucoup parlé. Il m’a dédicacé son troisième roman et avons décidé de nous revoir plus régulièrement. Après un dîner, pendant lequel je tins volontiers le crachoir pour raconter des histoires de jeunesse et de famille, il m’a conseillé de coucher tout cela sur papier en insistant sur l’importance d’une telle démarche. Quelque temps plus tard, le hasard faisant souvent bien les choses, je retrouvai une nouvelle écrite dans un cahier d’écolier. J’imaginais dans le texte le départ de mon père de son Italie natale pour la Belgique qui m’a vu naître. Je me mis fébrilement à réécrire le texte et, depuis, je ne me suis plus arrêté.

  • Qui est Lorenzo Cecchi, l’homme derrière l’auteur ?

Rien de bien extraordinaire. Par ordre d’importance, je vous dirai que je suis marié à Brigitte, que je suis père de quatre enfants (adultes depuis belle lurette) et que je vais bientôt devenir grand-père d’un petit garçon, ce qui me remplit de joie et aussi… d’appréhension. Professionnellement, il ne me reste plus qu’un petit bout de chemin à parcourir. Je termine ma carrière de directeur commercial auprès d’une société de protection incendie. D’autres métiers ont occupé mon temps ; j’ai été enseignant, entrepreneur, … Ce fut épanouissant et cela m’a permis d’assurer aux miens une vie confortable. J’en tire une certaine vanité, bien assumée.

  • Et quelle est l’histoire derrière l’histoire, la genèse de votre roman ?

Le roman est largement autobiographique et a été écrit à la suite de « Nature morte aux papillons », mon premier roman paru au Castor Astral en 2012 qui lui-même faisait suite à un recueil de chroniques qui paraîtra bientôt. « Nature… » était déjà fort inspiré de ma propre vie. Comme on le voit, je démarre sur du vécu et, par une sorte de dialectique, le récit devient fiction.

  • Votre roman a été publié en septembre 2013, dites-nous pourquoi vous avez choisi les Éditions HJ ?

Mon précédent éditeur n’a pas voulu de « Petite Fleur de Java ». Je l’ai proposé à deux ou trois autres sans plus de succès. Comme je trouve très fastidieux d’envoyer des manuscrits, je me suis mis à chercher un éditeur qui acceptait les envois électroniques. C’est ainsi que je suis tombé sur les EHJ. Le site web, la façon de parler du métier de l’édition, le respect réservé aux auteurs, le côté coopératif de la société, la jeunesse de ses membres, m’ont d’emblée séduit. J’en profite d’ailleurs pour remercier toute l’équipe qui s’est montrée d’un professionnalisme irréprochable pour rendre le manuscrit présentable et bien fini.

  • Le personnage principal de « Petite Fleur de Java », Léo, est tout de même très particulier : avez-vous eu un modèle, dont vous vous seriez inspiré ? Ou est-il sorti tout entier de votre imagination ?

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent est inspiré de faits vécus. En 1986, j’ai eu un grave accident de voiture. Je m’en suis tiré de justesse, mais en y laissant des plumes. J’ai perdu la vision d’un œil, entre autres bagatelles. Plusieurs opérations après une longue convalescence ont été nécessaires pour rafistoler mon visage, qui tout en ressemblant au précédent était toutefois différent, ce qui n’a pas été simple à digérer psychologiquement sans en faire un fromage dramatique toutefois. Il y a deux ans, je me suis posé les questions suivantes en voyant un fait divers à la télé : Et si ton visage avait été affecté de façon telle que tu ne le reconnaisses pas, comme cette femme horriblement défigurée, vitriolée par son amant ? Quelle influence sur l’identité peut avoir un changement physionomique aussi radical ?

Ainsi est né Léo. L’écriture m’a conduit à en faire un homme mauvais, xénophobe, homophobe, sans empathie pour ses semblables, bref une crapule qui finit par commettre l’irréparable. Mais l’épilogue montre qu’il peut en être autrement et qu’un traumatisme peut devenir source de création. On peut l’exorciser en quelque sorte.

  • Avez-vous d’autres projets d’écriture en cours ?

Comme je vous l’ai dit, en février, pour la foire du livre de Bruxelles, les chroniques par lesquelles tout a commencé, sortiront aux éditions ONLIT, alter ego en de nombreux points des EHJ. Je suis ravi que ce soit un éditeur belge qui ait bien voulu sans charger. « Faux témoignages », c’est le titre du bouquin, est un recueil aux références très régionales. J’ai en chantier un troisième roman, une fable philosophique et je peaufine un recueil de nouvelles.

  • Quels sont les auteurs que vous aimez lire ?

Oh ! Le temps manque pour vous les énumérer tous, mais je vous dirai que chez les Français contemporains, j’ai une prédilection pour Echenoz, Gary, Modiano, sans oublier Fernandez pour sa magnifique connaissance de l’Italie et pour sa flamboyance.

  • Et quelles sont les œuvres que vous auriez aimé écrire ?

Les raisins de la colère, de Steinbeck ; La concession du téléphone, de Camilleri ; Place de l’Etoile, de Modiano.

  • En tant qu’auteur, chacun a sa manière pour trouver l’inspiration. Personnellement, mes idées me viennent parfois dans les moments les plus incongrus – au volant de ma voiture, en pleine conversation… Est-votre cas ? Où trouvez-vous vos inspirations ?

Au moment même où je me mets à écrire. Je laisse l’histoire venir d’elle-même et puis je n’arrête plus d’y penser. J’écris tout le temps dans ma tête, y compris sous la douche.

  • Lors de mon interview de MIA pour « La Faille », je leur ai demandé un petit exercice de style : une histoire à l’eau de rose à la sauce polar d’anticipation. Pouvez-vous nous offrir quelques lignes de votre histoire romantique à la manière de Lorenzo Cecchi ?

Je ne comprends pas très bien le sens de cette dernière question, mais je vais tout de même vous balancer quelques lignes écrites tout à l’heure dont je ne sais absolument pas ce que je vais en faire.

« ˗ Buongiorno Silvano ! Cappuccino et pasta integrale ?
˗ Per favore ! Buongiorno Egidio.

Silvano se servit la viennoiserie lui-même. Il fit coulisser vers le haut le couvercle en plexi qui protégeait les pâtisseries. Il s’approcha ensuite du comptoir où Egidio venait de déposer le cappuccino. Deux sucrettes disparurent dans la belle mousse blanche. Il avait à peine commencé à touiller dans la boisson qu’apparut Matteo. Matteo ne prenait pas de petit déjeuner. Il demanda un jus de pêche noyé dans du lait, un grand verre. Sans parler, il s’installa à côté de son patron.
˗ T’as pas oublié la bétonnière ?, lui dit Silvano, la bouche pleine, sans le regarder.
˗ Non.
Il était six heures trente. Le corps encore engourdi du jeune apprenti réclamait le silence pour prolonger un peu l’état second de l’ensommeillement, le sentiment agréable de flotter légèrement. Le temps s’annonçait caniculaire et son esprit se refusait à anticiper une journée aussi terrible que la veille : il avait fait si chaud qu’il avait sans doute bu son poids en eau. Le chantier se situait en pleine campagne sans la moindre ombre pour se protéger du soleil. La maison en construction était plantée au milieu d’un champ où l’année précédente on avait récolté du froment. Aucun arbre à moins de cent mètres à la ronde. Matteo avait bricolé une sorte d’abri pour les moments de pose : une toile montée sur quatre piquets. Silvano et lui prenaient sous cette tente de fortune leur collation de neuf heures et venaient s’y réfugier pour fumer une cigarette de temps en temps. Comme le tissu tendu ne suffisait pas à parer les rayons assassins que dardait le soleil, Matteo avec jeté par-dessus des feuilles de palmier. Le tout ressemblait à une cabane d’enfants et apportait une fraîcheur relative ou, du moins, en donnait le sentiment… »

Bon, pour la romance c’est un peu raté mais j’aime beaucoup ces quelques lignes « en avant première » ! Merci beaucoup, Lorenzo, pour votre participation ! 🙂

Commentaires

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2 Commentaires

  1. L’artiste qui sommeillait en lui toutes ces années c’est dévoilé pour notre plaisir à tous: par la lecture de ses écrits et par son épanouissement depuis qu’il est en étroite relation avec la plume…

    A.Cecchi

  2. je ne connaissais de Lorenzo Cecchi, avant lecture de ses deux petits romans, que des écrits sur l’art datant des années 80.Son entrée dans le monde de la littérature me déconcerte quelque peu mais pas plus,au fond,que la découverte pour un jeune peintre de son monde pictural: avant d’étonner le monde l’artiste se révèle d’abord à lui même.

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