Jeremiah O’Donovan Rossa et les dynamitards

Publié par le 24 Mai 2015 dans Histoire | 2 commentaires

Dia Linn - v4« Ils pensent qu’ils ont pacifié Irlande. Ils pensent qu’ils ont acheté la moitié d’entre nous et intimidé l’autre moitié. Ils pensent qu’ils ont tout prévu, mais, les imbéciles…, les fous, les fous ! Ils nous ont laissé nos Fenians morts, et alors que l’Irlande détient ces tombes, l’Irlande non libre ne doit jamais être en paix. »

C’est le discours que prononce Padraig Pearse – militant républicain, l’un des dirigeants de l’insurrection de Pâques de 1916, et aussi avocat, poète, écrivain, une grande figure du combat nationaliste irlandais – sur la tombe de Jeremiah O’Donovan Rossa, le 1er août 1915. Son cortège funèbre rassemble une foule immense et le discours de Pearse résonne comme un appel aux armes.

O’Donovan Rossa est l’un de ces personnages étonnants que j’évoque dans le tome 4 de Dia Linn, Une Bealach.

Depuis longtemps, les Irlandais ont appris à exploiter les funérailles de leurs héros et, depuis toujours, ils maîtrisent à la perfection l’art de la rhétorique. Nul autre peuple, peut-être, n’a su mieux vibrer au son des mots ; et les chansons, les discours, les déclarations célèbres pleins de fureur et de grandeur sont inscrits à la prospérité. Le discours de Pearse sur la tombe de Rossa est l’un de ces monuments invisibles qui ont su déclencher, quelques mois plus tard, six années de guerre.Rossa

Mais ce jour-là, dans les rues de Dublin, on rend hommage à un personnage hors du commun, l’un de ces hommes qui semblaient invincibles, comme surgis des légendes celtes aux côtés des demi-dieux païens. Plus tard, après la guerre d’indépendance, après la guerre civile, un pont de rivière Liffey portera son nom; tout comme une rue de la ville de Cork, une autre dans celle de Thurles, un parc dans Skibbereen, des équipes de football gaélique un peu partout dans le pays… Jeremiah O’Donovan Rossa est déjà entré dans la légende lorsqu’il meurt à 83 ans, malade et épuisé, abdiquant enfin…

Marié trois fois, et dix-huit enfants. Voilà pour l’aspect « privé », ce qui donne déjà un aperçu du bonhomme. 🙂

Il n’est qu’un modeste commerçant de Skibbereen quand il fonde les Fenians avec Stephens, brûlant de libérer enfin l’Irlande du joug britannique. Arrêté plusieurs fois sans procès par les Anglais, il finit par être jugé pour haute trahison et condamné à la servitude pénale à perpétuité. On ne peut pas dire que c’est un prisonnier facile… Pour prix de son intransigeance, il écope de 163 jours au pain et à l’eau, de 28 jours dans l’obscurité la plus complète, et doit vivre 34 jours menotté dans le dos, obligé de se nourrir comme un animal. Les catholiques, ulcérés, l’élisent aussitôt député du Tipperery, alors même qu’il croupit dans sa geôle. Il est libéré en 1870 suite au Fenian Amnesty, puis s’exile aux USA où il se lance dans la « campagne de dynamite » qui terrorise les Anglais pendacroixceltiquent 4 ans.

Le « dynamitard » revient enfin en Irlande en 1894. Le géant irascible, violent et courageux doit abdiquer devant la malade et enfin la mort. Mais quelle vie il a menée ! À la mesure de sa démesure, ou celle d’un pays qui n’en avait pas encore fini avec son combat, et encore moins avec sa mémoire…

« Ils pensent qu’ils ont pacifié Irlande. (…) les fous, les fous ! Ils nous ont laissé nos Fenians morts, et alors que l’Irlande détient ces tombes, l’Irlande non libre ne doit jamais être en paix. »


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Commentaires

Commentaires

2 Commentaires

  1. Je trouve tes livres, et cet article, très en phase avec une actualité brûlante. Le Royaume-Uni est en train de vaciller. Charles serre la main de Gerry Adams lorsque Lord Mountbatten fut assassiné par l’IRA, voilà seulement trente cinq ans… L’Écosse réclame son indépendance et les indépendantistes trustent les sièges au parlement britannique… La grande Angleterre, autrefois maîtresse du monde, va-t-elle se réduire à peau de chagrin et ses cousins éloignés que sont les gallois, les irlandais et les écossais, retrouver leur indépendance perdue ? Verra-t-on les deux Irlande ne plus faire qu’une seule…??? 🙂

  2. Marie-Pierre Bardou

    Oui, l’actualité rattrape Dia Linn ! ^^ C’est passionnant, car si l’Angleterre sort de l’Europe, alors l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galle sortiront du Royaume Uni… qui n’unira plus que lui-même ! J’aime beaucoup les Anglais (les modernes !) mais après ce qu’ils ont fait à l’Irlande, à l’Afrique du Sud, à l’Inde etc., ce serait plus que mérité ! Et les deux Irlande réunies !!! Le rêve pour lequel tant de grands bonshommes sont morts ! Wait and see :p

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