« Vents froids », d’Olivier Magnier: entrez dans la transe…

Publié par le 21 Août 2016 dans chroniques | 0 commentaires

O-Magnier - Vents froidsJ’ai la chance de découvrir tous les romans publiés aux Éditions Hélène Jacob en avant-première; privilège du comité de lecture ! 🙂 Et c’est peu dire que celui-ci a été un gros coup de cœur…

Il y des livres qu’on aime parce que l’histoire est passionnante, ou parce que les personnages sont attachants, ou intrigants, ou révoltants… ou encore parce qu’on en ressort plus instruit – enfin, avec la sensation d’être plus instruit, nuance ! ^-^

Et il y a des bouquins qu’on aime parce que… parce que.

« Vents froids », d’Olivier Magnier, est l’un de ceux-là.

Il ne s’y passe pas des tonnes de trucs, il faut avouer. « Vents froids, Histoires de l’Altiplano bolivien » regroupe deux courts romans : « La ville des pentes », et le « Vents froids » éponyme. Dans le premier roman, un chauffeur de taxi se retrouve traqué par de dangereux malfrats après avoir récupéré une étrange valise. Dans le second, un paysan cherche à comprendre pourquoi son fils a été assassiné.

Est-ce que cela vous donne envie de lire ce roman ? Si ce n’est pas le cas, laissez-moi ajouter ceci : j’ai rarement lu un style pareil. Et j’en ai lu, et aimé, des styles ! Flamboyants ou d’une sobriété glacée, érudits ou d’une drôlerie irrésistible, lyriques, élégants, cruels… Mais Olivier Magnier a vraiment «quelque chose » d’unique dans sa plume.

« Vents froids » est un roman noir, contemplatif, et vraiment atypique ! Difficile de le ranger dans une catégorie distincte…
Un passage de « La ville des pentes » vous donnera peut-être une idée de ce que je veux dire. L’auteur décrit ainsi le personnage central de son histoire :
« Car René savait devenir lointain. Avec ses amis, il cultivait une distance qui l’amenait souvent à regarder par la fenêtre quand il buvait un coup avec eux. Alors son regard revenait à eux, distraitement, comme pour être poli, mais il les distinguait de loin, embrumé, et les regardait faire et dire sans participer ni juger.»

N’y a-t-il pas des échos de « L’étranger », de Camus ? Là s’arrête la comparaison, d’ailleurs, tant le style de l’auteur est différent.

Ce n’est pas un roman que l’on referme, satisfait d’avoir trouvé le nom du coupable – car il y a des victimes, des meurtres, des chantages. Olivier n’apporte pas de réponse. Ses personnages semblent se heurter en permanence contre des portes scellées. Il ressemble à un peintre, qui brosse lentement son tableau devant un spectateur fasciné.

On ne le lit pas vraiment, d’ailleurs : il nous entraîne dans une danse hypnotique, à la frontière entre l’illusion et le poème. Tout se mêle : la violence, la peine, la revanche, la colère, l’injustice… mais avec une sorte de poésie douloureuse et sensuelle, comme en état de transe.
N’hésitez pas ! A votre tour, entrez dans la transe…


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